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8ème journée

Stade de la Maladière

Di 12.09.2010 / 16h00

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Le grand interview : Gabriel Monachon
Gabriel Monachon

CARTE DE VISITE

Nom

Monachon

Prénom

Gabriel

Poste

Président d'honneur, Président de NE Xamax de 1970 à 1979






Si vous permettez, avant d'en venir aux années 70 où vous avez dirigé NE Xamax, et ceci pour la plus jeune génération qui vous connait peu, nous souhaiterions en savoir un peu plus sur l'homme que vous êtes. La question est impolie, mais tant pis je me lance : ose-t-on vous demander votre âge ?

Quelle chance, j'ai 82 ans, et je les ai eu il y a quelques jours, je me porte bien, il y a bien quelques bobos de temps en temps, mais tout va bien avec ces 82 ans, alors que mon épouse en a 81.

Je me suis laissé entendre dire que vous veniez de la région argovienne, est-ce exact ?

Si vous parlez de sport oui, mais sinon je suis un enfant de la région de St-Maurice en Valais où je suis né et ai fait mes études. Si vous parlez d'Argovie, c'est que j'ai quitté mon petit club de St-Maurice en 2e ligue pour Aarau où j'ai joué pendant 10 ans en LNB et où j'ai eu beaucoup de bonheur. J'y ai commencé comme ailier gauche, puisque je suis gaucher de nature comme M. Facchinetti – mais gaucher du bon côté. On a joué à l'époque en Ligue B contre Grasshoppers, Zürich. Grasshoppers étaient aussi descendus comme Neuchâtel Xamax, et c'est la raison pour laquelle je crois toujours dans la vie à un renouveau. J'étais le seul romand du FC Aarau et en fut même à la fin capitaine. J'ai quitté le club en annonçant mon départ à la naissance de ma fille Béatrice. C'était de 1945 à 54 – 10 ans.

C'était donc juste après la 2e guerre mondiale, il me semble que vous avez également fait une carrière militaire assez cossue ?

J'aime bien le mot cossue... J'étais officier de milice et suis parvenu au grade de Colonel. J'ai le plaisir de pouvoir dire avoir eu pendant de nombreuses années comme subordonné M. Blatter de la FIFA. Il était toujours derrière moi jusqu'à ce que lui aussi devienne Colonel et soit à la tête d'un régiment.

Et au civil, quel était votre métier ?

Après mes études je suis devenu commerçant, j'ai surtout travaillé dans l'industrie du ciment. J'ai commencé en Argovie, ensuite en Valais où on a construit une fabrique de ciment, puis enfin en région neuchâteloise chez Juracim, à Cornaux. C'est à cette époque que l'on m'a choisi pour être le médiateur de la fusion lors de Xamax et Cantonal.

Dans quel giron évoluiez-vous alors pour être pressenti pour le rôle de l'« homme neutre » qui fut le médiateur de cette fusion ?

C'est une très bonne question, parce que beaucoup de gens ne savent pas du tout ce qui s'est passé. D'une part Cantonal, qui évoluait en 1ère ligue avait des difficultés financières, alors que le FC Xamax qui jouait en Ligue B à Serrières voulait à tout prix pouvoir jouer à la Maladière. Un groupe d'hommes, des gens merveilleux, Alphonse Roussy, directeur d'Electricité Neuchâteloise, André Hildenbrand qui a une grande entreprise à Neuchâtel (qui représentaient Cantonal), Silvio Facchinetti (le père de Gilbert), Gilbert Facchinetti (qui représentaient Xamax) et moi-même comme homme neutre. Ils m'ont pris parce que j'avais fait du football, que je n'avais pas d'intérêt pour un parti ou l'autre, et surtout parce que je ne comprenais pas que dans une petite ville comme Neuchâtel je doive aller à Serrières voir Xamax et de temps en temps à la Maladière pour voir jouer Cantonal. Or ce groupe d'hommes s’est réuni respectivement au Buffet de la Gare à Neuchâtel pour Cantonal et au City pour Xamax, et c'est là que ce groupe d'hommes a accepté, chacun de son côté, la fusion. Non sans difficulté. Il faut dire que Cantonal a mieux voté que Xamax pour la fusion des deux clubs. Et comme Cantonal ne voulait pas le président de Xamax et vice-versa, ils m'ont proposé, finalement presque à l'unanimité, pour devenir président de Neuchâtel Xamax.

Vous mentionnez les problèmes financiers de Cantonal et de stade de Xamax, y avait-il d'autres enjeux ou est-ce que cela se résumait à ça ?

Ca se résumait vraiment à ça. Il y a encore maintenant des gens qui n'acceptent pas cette fusion, il y en a peu, des 'durs' qui n'ont envie de voir que Xamax ou Cantonal, ceux-là sont contre le club, pas méchamment, c'est une question d'esprit. Mais il n'y a rien eu d'autre que ces deux enjeux dans la balance. Cantonal, qui a été une très grande équipe, était en train de mourir, autant du point de vue financier que sportif. Il y a eu de longues discussion pour savoir comment s'appellerait le nouveau club, Neuchâtel, Neuchâtel Cantonal ou Neuchâtel Xamax.. Finalement, c'est l'ASF à Berne qui a décidé du nom définitif, parce que Xamax devait subsister. Le FC Xamax jouait en LNB et on ne pouvait pas supprimer le nom de Xamax sans devoir recommencer en tant que nouveau club qui aurait du jouer en 4e ou 5e ligue.

Lorsqu'on étudie l'historique de Neuchâtel Xamax on a parfois l'impression que l'histoire officielle du club reprend plus facilement celle du FC Xamax, peut-être aussi du fait que le club s'est poursuivi sous la houlette de la famille Facchinetti. Ce FC Xamax n'a-t-il pas plutôt avalé Cantonal plutôt que fusionné avec, ou est-ce qu'avec la recul la fusion vous semble égalitaire ?

Je dirais égalitaire, parce que l'envie de Xamax de jouer à la Maladière c'était devenu presque une maladie. Ils n'en pouvaient plus de jouer sur ce petit terrain à côté des FTR et voulaient à tout prix déménager. C’est la raison pour laquelle le groupe d’hommes dont j’ai parlé tout à l’heure a commencé à étudier cette possibilité de fusion avec Cantonal.

A quel moment avez-vous entendu parler pour la 1ère fois de votre vie du FC Xamax ?

Assez tardivement, je ne sais pas exactement. Je sais qu'on est venu avec Aarau venu jouer ici à Neuchâtel contre Xamax, où a perdu sauf erreur 1-6 et mon adversaire direct c'était Gilbert Facchinetti.

Au moment de cette fusion, que représentaient Cantonal et Xamax dans l’esprit du public ?

C’est une bonne question. Cantonal était une équipe presque internationale, avec notamment Gyger et Stephen, 2 arrières représentant une richesse extraordinaire pour la Suisse. Xamax, quant à lui, était l’équipe qui montait, alors que Cantonal descendait. Le fait de monter a certainement poussé à rassembler les 2 clubs, et la fusion a finalement été facile. D’ailleurs, il y a eu plus de gens de Cantonal ayant voté pour la fusion de gens de Xamax.

Vous avez été président de Neuchâtel Xamax 10 années durant, quel type de président avez vous été, avez-vous eu un côté Mécène ou en étiez vous le strict garant-gestionnaire ?

Je dirais garant et gestionnaire, avec un mélange de « Cantonaliens » et de « Xamaxiens ». Une collaboration qui s’est révélée extraordinaire. Chacun avait des idées différentes, et au début, il fallait surtout être un bon gestionnaire, un gestionnaire de l’esprit.

Le côté mécénat était plutôt assuré par Silvio Facchinetti, plus tard est venu Gilbert qui a continué ce qu’a fait son père. Mais Silvio, boucher de profession, était un homme extraordinaire. Comme président, j’allais le voir pour un transfert ou pour payer même des salaires, toujours dans la boucherie. Trois ans après la fusion, on montait en Ligue Nationale A, sans redescendre jusqu’à l’année passée.

Quels type de rémunérations touchaient les joueurs du temps de votre présidence ? Y a-t-il eu une grande différence entre le moment où vous êtes arrivé et 1979 ?

Les salaires n’étaient pas élevés. Neuchâtel n’est pas la bourgeoisie zurichoise et bernoise, et les salaires étaient assez faibles, avec certaines exceptions telles que l’arrivée de Stielike à Xamax. Là, on a déboursé beaucoup plus qu’à notre habitude. Finalement, c’est assez normal, et à un moment donné, on a eu une équipe extraordinaire. M. Facchinetti, était alors directeur sportif, et était toujours en action pour son club. Et c’est grâce à lui et à son papa qu’on a réussi quelques fois à acheter des joueurs.

Il y a eu durant ces années nombre de joueurs qui sont devenu des références dans le football Suisse, on pense notamment à Erich Vogel, Christian Constantin, Gilbert Gress, Christian Gross, que retenez-vous d'eux ou d'autres personnages qui vous auraient particulièrement marqués ?

Je garde un souvenir très intéressant de M. Gress. C’était un joueur puis un entraîneur de grande classe. Lorsque nous l’avons engagé, c’était lors d’un rendez-vous sur l’autoroute entre Zurich et Berne. Un détail m’a touché particulièrement lors de ce rendez.-vous : M. Facchinetti proposait que le club prenne en charge les impôts de M. Gress. Celui-ci m’a alors ébloui en rétorquant : « Y a rien à faire, les impôts, c’est mes affaires, ce n’est pas le club qui les payera ». Cela m’avait touché.

On a eu beaucoup de joueurs sympathiques, certains qui sont restés longtemps, d’autres moins, mais c’est la vie sportive qui est comme ça.

On pense notamment à Christian Constantin, était-il déjà à cette époque aussi, disons, 'ambitieux' ?

Je vais vous répondre oui. Il n’a pas fait très longtemps chez nous. Mais ce que je n’oublie pas de Constantin, c’est que, lorsqu’il avait congé un week-end, il prenait le train jusqu’à Lugano pour retrouver son ancien entraîneur Maurer, et s’entraînait toute la journée avant de revenir sur Neuchâtel. J’ai trouvé cela extraordinaire. C’était un homme de volonté, ambitieux.

Si vous ne deviez retenir qu'un match de votre décennie de présidence, c'est celui de la promotion ?

Complètement. Fusionner en 1970 et monter en 1973, il fallait le faire, et c’est là qu’on a connu notre plus grande joie. On avait énormément de spectateurs à cette époque-là déjà. Pour l’anecdote, Gilbert Facchinetti et moi, 2 heures avant les matches, on se mettait dans une guérite louée à l’Arsenal de Colombier, et nous vendions les billets des matches. C’est cela la famille ! C’est ce qui fait, et j’espère que ça va durer, le lien entre le sportif et le spectateur.

En relisant les statistiques on remarque que la première saison de NE Xamax en LNA a été proprement incroyable, solide 2ème à la fin du 1er tour à 3 points du futur champion Zürich pour terminer 7e mais en n'ayant fait qu'un seul point dans les 6 derniers matches – donc on peut imaginer que l'Europe était déjà là à portée. De plus NE Xamax décroche une demi-finale de coupe perdue à la différence de buts contre Grasshoppers, ça parait inouï, on a l'impression que le club a raté de très peu un exploit énorme !

Vous avez tout à fait raison. C’était les débuts en LNA, avec l’euphorie générale dans le club, avec les joueurs et les dirigeants qui a joué un rôle important dans cette aventure.

Du point de vue des infrastructures, quels ont été vos 'grands travaux' sur le stade de la Maladière ?

Les gradins avaient été faits à partir d’éléments des CFF. Ce serait bien entendu interdit aujourd’hui, mais c’est un magnifique souvenir, et cela nous a coûté de l’argent mais pas beaucoup finalement. Il y eut surtout la communication, l’entraide et la compréhension. Vous savez, dans la vie, je le dis volontiers, il y a beaucoup d’éléments qui parlent pour aller de l’avant. J’avais comme secrétaire général, M. Pierre Dubois, qui était un homme merveilleux, ainsi que Claude Debroc, un homme qui vivait sa vie pour le club. C’était deux anciens xamaxiens, qui ont su convaincre la population et les sportifs, par une honnêteté intellectuelle parfaitement en ordre.

Il y avait énormément de gens qui ont œuvré pour le club, en s’occupant du journal du club, des affiches, etc, alors que maintenant, c’est plus difficile. Mais cela revient, mais il faut de la patience. Il faut aussi laisser le temps au nouveau président pour arriver au but. Et je crois que cet homme, M. Bernasconi, qui s’entend bien avec Gilbert Facchinetti, fait du bon travail, en profondeur. Ce n’est pas toujours estimé comme on le devrait, mais si on réfléchit bien, c’est un poste excessivement difficile pour contenter tout le monde. Mais je crois que là, on est sur la bonne voie.

En 1979, qu'est-ce qui a déclenché votre départ de la présidence en faveur de Gilbert Facchinetti ?

La présidence d’un club demande un tel engagement que je me suis dit à un moment donné « Arrête ». J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course avec cette ascension, et j’ai gardé la foi en NE Xamax. Ce n’est pas une déception qui m’a fait démissionner, et j’ai préparé M. Facchinetti pour reprendre ma place, et il l’a fait avec bonheur.

Mais on vous a vu pendant très longtemps fidèlement prendre part à la photo d'équipe en tant que président d'honneur, aviez-vous un rôle encore plus ou moins actif dans le club ou était-ce purement honorifique ?

Actif pour certaines tâches. Notamment pour composer certaines lettres un peu spéciales pour le club. Je restais tout le temps en contact avec le club. Le président d’honneur a également le droit d’assister à toutes les séances, sans voix prépondérante. Je n’ai pourtant pas fait usage de ce droit. A chaque chose son temps.

Avec le recul on a rarement des regrets, mais peut-être un seul ?

Non, aucun regret. Tout s’est bien passé. Il y a eu des moments difficiles, mais il y a surtout eu de bons moments, que nous avons vécu tous ensemble. Toute l’équipe jouissait du bien-être de Neuchâtel Xamax.

Que vous inspire le sport-business tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, est-ce que c'est plutôt quelque chose qui tient du dégoût ou est-ce que vous avez vu ça comme une transformation somme toute assez logique du sport ?

Le football aujourd’hui est comme l’homme et la femme. Il y a une évolution extraordinaire, que nous ne pourrons arrêter. Nous irons vers un milieu qui n’est plus le même qu’autrefois, lorsque nous étions dirigeants. Boire un verre tous ensemble après une séance de comité devient inconcevable, alors que c’était courant à l’époque. J’ai eu l’occasion de voir une fois un grand club, et tout est différent. Cela me fait mal un peu, car on va un peu trop loin.

Vous qui avez connu Xamax en LNB et l'avez fait monter en LNA, est-ce que cette culbute en 2e division a été d'autant plus tragique ou au contraire vous l'avez pris avec une certaine distance puisque c'est une situation qui ne vous est pas étrangère ?

La chute a été terrible, pour beaucoup de gens et pour moi personnellement. NE Xamax était le dernier club à ne pas avoir été relégué en Ligue B. Mais si vous vous souvenez bien de certains éléments techniques et tactiques, cette descente aux enfers était presque méritée. Je ne veux pas parler d’homme, parce qu’on doit respecter les gens. Mais on ne peut pas chasser quelqu’un d’un club pour avoir dit sa pensée. La plus grande qualité pour un dirigeant, c’est la tolérance, et on n’a plus connu de tolérance à un moment donné. Même le nouveau président le dit, c’est là qu’on a pêché. Et je trouve cela merveilleux de sa part.

Comment voyez-vous l'avenir du club aujourd'hui, d'abord ces 6 premiers mois avec une remontée tant espérée ?

Je suis confiant. Je sais que 80% des gens pensent que l’équipe va remonter cette année. Je pense personnellement qu’il faut du temps, pour se réadapter au football de Super League. S’ils montent, tant mieux, je serai le premier à éclater de joie. Mais si ce n’est pas le cas, ça ne fait rien, une année de plus nous permettra de mûrir, et le fruit tombera au bon moment.

Merci, Gabriel Monachon.

interview concocté par L. P. Weber, D. Guyaz et V. Rapin.

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