On se souvient peut-être de ces Jeux télévisés très appréciés et combien comiques où le regretté Gennaro Olivieri fonctionnait comme arbitre : Jeux sans frontières. Or, actuellement, en sport, on a l’impression de retourner à l’ancienne : ce sont de plus en plus des jeux, des sports, où réapparaissent et grandissent même les frontières.
Le présidentissime de la FIFA, Sepp Blatter, toujours ouvert au dialogue, s’est lui-même exprimé sur le sujet qui devient brûlant d’actualité avec la proximité du tour final des championnats du monde de football :
-. N’est pas faux par exemple de confier la direction d’une équipe nationale à une personne qui n’est pas de sa nationalité ?
De surcroît, si elle risque d’affronter celle de son propre pays ? C’était montrer du doigt Capello, qui assume la responsabilité de l’équipe d’Angleterre qu’il a brillamment fait qualifier pour ce tour final. C’était aussi égratigner au passage le brave et inusable Trapattoni, qui, sans « la main coupable » du Français Henry, aurait également qualifié l’Irlande dont il était le patron. En vérité, c’est un vain débat car, s’exprimer de la sorte c’est précisément recréer un obstacle que le sport cherche à supprimer : les frontières. Mettre en jeu le prestige d’un pays, pour une défaite, une élimination, est-ce vraiment à des yeux qui prennent un peu recul, une humiliation, un deuil national ? Cas contraire, bien des nations auraient été rayées de la carte.
Trahison ?
Car si l’on insiste dans ce genre de raisonnement, ne serait-ce pas une trahison qu’un Valaisan, entraîneur de Neuchâtel Xamax, aspire à battre le FC Sion ? Combien de techniciens, dans les sports les plus divers, et le hockey sur glace en est une preuve parmi de nombreuses autres, vont chercher leur destin ailleurs que dans le village où ils sont nés ! Il y a quand même un brin de vérité quand on dit que « nul n’est prophète dans son pays » ! Et si l’on examine le problème par un autre bout, à savoir la gratitude du pays vis-à-vis de l’un ou l’autre de ses enfants qui ont porté bien haut les couleurs nationales, a-t-on de nombreux exemples montrant combien l’on s’est montré reconnaissant à l’égard du héros d’un jour ou même de plusieurs ?
Que de champions !
J’ai toujours été frappé, et plus encore : combien attristé, par le sort qui a été réservé à Tiberio Mitri. C’était non seulement un magnifique boxeur, mais un très bel homme. Il combattait dans la catégorie des poids moyens, l’une des plus belles, et elle fourmillait alors de champion : le Belge Cyrille Delanoît, l’Anglais Turpin, Walzack, d’origine polonaise et qui croisa même les gants avec l’incomparable Ray Sugar Robinson. Et encore le Français Dauthuille qui rata le titre mondial alors qu’à cinquante secondes près, il l’avais en poche, et redonnait ainsi à la France celui qu’avait conquis Cerdan. Oui, une cinquantaine de secondes au quinzième et dernier round ! Fêtant déjà dans sa tête la victoire, il eut une distraction, et La Motta, revenant pour ainsi dire de nulle part, lui assena un coup terrible, puis deux, et Dauthuille se coucha pour le compte comme on dit, et même plus longtemps. A l’époque de Mitri, il y avait également de redoutables battants, frustes escrimeurs, mais qui frappaient comme des sourds et encaissaient comme une enclume : Jean Stock et Robert Charron, qui se livrèrent un combat dont on a dit qu’on avait l’impression de voir un maquisard se battre avec un SS, et qui faillit se terminer tragiquement.
Un soir en banlieue
Dès lors, en reprenant le thème d’honneur national, de reconnaissance du pays pour ce qu’un sportif lui avait apporté, précisons que, volant de victoire en victoire, Mitri était devenu champion d’Europe. Il était adulé. Comme on se sent en Suisse, un peu beaucoup passablement selon les personnes, Federer, bon nombre d’Italiens s’identifiaient à Mitri. Dans cette euphorie, il avait même épousé la plus belle : Miss Italie. Comme même les empires ont une fin, Mitri se retira un jour de la compétition. Les années passèrent. On ne parla bientôt plus de lui, jusqu’au jour, dans la rubrique des faits divers, on apprit qu’un dénommé Mitri, et c’était lui, devait-on apprendre par la suite, étant descendu un à un tous les niveaux de l’échelle sociale, était parti un soir dans un coin de banlieue où passaient les trains, et qu’il avait livré son dernier combat contre l’un d’eux…tout en sachant qui en serait le vainqueur !
Valentinibus