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Tous azimuts – Kernen s’en est allé La nouvelle vient de tomber, dans toute sa brutalité : Willy Kernen est décédé. Il est difficile de le croire. Il y a peu, nous l’avions fêté pour ses 80 ans. Mais la maladie l’a terrassé. L’on perd un homme d’une grande rectitude, un sportif de haute valeur.
Au FC La Chaux-de-Fonds, formant avec Antenen un duo qui était devenu célèbre, il avait accumulé les victoires : championnat, coupe et même le doublé.
Avec l’équipe nationale, il fut longtemps un titulaire à part entière et nous nous souvenons de sa première participation au tour final des championnats du monde. Il avait à peine vingt ans. C’était un lundi matin, à la leçon d’économie politique que donnait le professeur Paul-René Rosset. L’huissier fait irruption : on demande de toute urgence Kernen au téléphone. C’était Karl Rappan qui, de Macolin, l’invitait à le rejoindre sans tarder, car, un titulaire ayant été blessé, Kernen avait été incorporé à l’équipe qui, quelques heures plus tard, s’envolait pour le Brésil.
Vers la fin de sa carrière, le solide Willy fut sollicité comme entraineur. Il y renonça pour… retourner à l’école. Doublement. D’abord pour devenir instituteur. Puis pour enseigner !
Homme d’une grande humilité, il n’hésitait pas, lorsque l’occasion se présentait, à jouer avec les « sans-grade » que nous étions. C’est ainsi qu’à Lausanne, dans le cadre du championnat universitaire, il avait soutenu, à bout de bras, notre équipe qui avait finalement perdu. Kernen en était navré. Pour nous ! Et, paradoxalement, c’est nous qui l’avons consolé : à l’impossible, nul n’est tenu !
Sur un terrain de football comme dans la vie de tous les jours, Kernen fut un gentleman. Bien que jouant essentiellement en défense, il ne recourut jamais à cette arme dont raffolent nombre de joueurs : la brutalité. Sa parfaite technique, son sens de l’anticipation et son physique de gladiateur l’en dispensaient.
Au cours de sa longue carrière, il ne reçut jamais le moindre avertissement de l’arbitre, ce qui est l’équivalent aujourd’hui d’un carton jaune. Et encore moins évidemment un carton rouge ! Il est, avec Federer, le seul athlète suisse à avoir son effigie sur un timbre postal. Honneur rare mais combien mérité !
C’est un homme attachant, un sportif exemplaire que nous pleurons. Il laissera un grand vide.
Valentinibus
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