Qu’est-ce qu’un bon entraîneur de football ? Je ne crois pas que, comme c’est le cas dans la recherche des têtes qui vont diriger telle multinationale (et pourtant les équipes, de par leur composition, en sont devenues), il y ait un questionnaire-type. D’autant plus que ce n’est pas une découverte digne d’Einstein que d’affirmer que le football est tout sauf une science exacte.
Il y a cependant des critères. Les Anglais, en engageant Capello, n’allaient pas donner un coup d’épée dans l’eau. Le passé parlait en faveur de ce meneur d’hommes au profil d’empereur romain. N’avait-il pas gagné le titre national tant avec Milan, Roma, Juventus, Real Madrid ? Quand le succès perdure, ce n’est plus du hasard. Mais on peut avoir été et ne plus être, du moins momentanément. Lucien Favre, brillant au FC Zurich, où il gagna le titre, puis la saison passée à Hertha Berlin où son équipe rivalisa avec les meilleures, a été écarté au cours de cette saison presque avec le doigté qu’on a quand on chasse un chien d’un jeu de quilles.
Alors, qu’est-ce qu’un bon entraîneur ? Ce n’est pas risquer la méningite de dire que, de même qu’un général victorieux a toujours raison, c’est un entraîneur qui gagne. Sur la lancée, on précisera même qu’un excellent entraîneur, c’est celui qui gagne et dont l’équipe pratique un jeu spectaculaire. Cela sous-entend bien sûr qu’il dispose de joueurs de qualité, dont, grâce à ses qualités de technicien, de stratège et de psychologue, il fera un tout harmonieux et efficace.
On constatera cependant que ce ne sont pas toujours les meilleurs joueurs qui sont devenus les meilleurs entraîneurs, et, sauf en de très rares exceptions, un entraîneur de football, qui n’avait pas été lui-même footballeur, n’a pas réussi dans cette carrière.
On a aussi remarqué que les entraîneurs faisant une belle carrière occupaient plutôt, lorsqu’ils étaient footballeurs, un poste d’attaquant, de milieu de terrain, parfois de défenseur, mais que les gardiens, rarement, réussirent à s’imposer. Les seules réelles exceptions, du moins à ma connaissance, furent en Suisse Louis Maurer, mais avec quel travail (ne s’entraînait-il pas dans sa cuisine pour acquérir une technique lui permettant d’en remontrer à ses joueurs ?) et en Italie, sans qu’il perce réellement l’écran, le consciencieux Zoff, et peut-être maintenant Zenga, qui dirige Palermo et qui fut gardien à Inter. Des gardiens doués, brillants, comme Séchehaye et même Ballabio, n’eurent pas dans notre pays le succès escompté.
Donc, problème difficile que Messieurs les Tout-Puissants Présidents ont à résoudre quand ils veulent, comme c’est leur désir et leur devoir, découvrir l’oiseau rare ou, à l’image de ce qui s’est passé à Hertha Berlin, doivent en trouver un autre parce que le précédent a eu les ailes rognées.
Mais peut-être que, dans les questions posées, ils pourraient, et sans doute certains le font, s’inspirer de Napoléon qui, au soldat à qui il pensait accorder une promotion, posait la question :
-. Avez-vous de la chance ?
Et si la réponse, avec beaucoup de conviction dans la voix, était oui, ce soldat ou sous-lieutenant allait peut-être devenir un jour général. Mais, si la réponse était négative, on pouvait être assuré qu’il ne le deviendrait jamais.
Valentinibus