 |
Tous azimuts – L’étincelle de Granges Une étincelle peut faire jaillir de la mémoire un lointain souvenir. Ce fut le cas pour moi lors d’une récente séance amicale de chanceliers à laquelle les généreux titulaires en place associaient les anciens devenus de paisibles retraités. Cela s’est passé à Granges où l’on nous fit visiter plusieurs belles réalisations, à l’exemple de l’école d’horlogerie. Mais c’est au usée de la Culture et de l’Histoire que je me suis tout soudain replongé dans le film d’une finale de la Coupe de Suisse. Celle de 1959 qui opposa Servette et Granges. Parmi les documents à disposition, et ils étaient nombreux et très diversifiés se trouvait un ouvrage sur l’histoire du FC Granges, club qui connut ses heures de gloire, et le brave Kernen en sait quelque chose puisque la première Coupe de Suisse qu’il gagna, ce fut à l’issue de trois matches entre Granges et La Chaux-de-Fonds, les deux premières rencontres n’ayant pas réussi à les départager.
Curieux « sorcier »*
Et qui a-t-il de particulier à faire resurgir la finale de 1959 du passé ? En voici quelques éléments. L’un était que le gardien titulaire de Granges Campoleoni s’était fracturé le bras à l’entraînement quelques jours avant le match. Que faire ? Finalement, la décision fut prise de solliciter Ballabio, un des meilleurs gardiens de Suisse, mais qui avait arrêté la compétition depuis fort longtemps et qui désormais imposait le respect plus par son âge que par son efficacité dans la cage. Un autre élément, et c’est celui qui m’a incité à évoquer ce souvenir, c’est que cette saison-là on notait la présence dans les rangs servettiens de Gilbert Facchinetti que l’entraîneur qui venait d’être engagé, soit Séchehaye, tenait absolument à avoir dans son équipe. Or Séchehaye, meilleur gardien qu’il ne fut jamais entraîneur, avait voulu jouer au « sorcier » lors de cette finale, et, à la surprise générale, il n’inséra pas Gilbert dans l’équipe, lui préférant un revenant, l’arrière à la rousse crinière Dutoit.
La suite ?
Comment se déroula le match ? Première mi-temps équilibrée ! Mais les regards se fixaient surtout sur Ballabio. Allait-il tenir la distance ? Au fil des minutes, la fatigue le gagnait, et, à un certain moment, on lui fit même respirer sans doute des sels, un peu comme on tente de faire recouvrer ses esprit à un boxeur groggy. Et voilà qu’au début de la deuxième mi-temps, Granges marqua par Hamel. Dès lors, Servette tenta de redresser la situation, et c’est là qu’apparut l’erreur de jugement de Séchehaye. Les joueurs de Granges formant une barrière très dense à vingt-trente mètres de Ballabio, qui paraissait être un somnambule, il aurait fallu le bombarder de tirs pris à trente-quarante mètres, opération dans laquelle Gilbert excellait.
Servette perdit, Ballabio fut porté en triomphe, Séchehaye ne poursuivit pas sa carrière d’entraîneur. Et Gilbert fut privé d’un beau souvenir.
Ce qu’une promenade à Granges peut me faire raconter !
Valentinibus
|
 |